Quelque part en Cévennes ... 

Vue du mas du diable
Vue du mas du diable

              ... Le mas du diable


 Il y a de cela quelque temps, nous avons fait le pari un peu fou d'un choix de vie que beaucoup qualifieraient d'idéaliste ou de marginal. Ceci afin de faire d'un vieux rêve une réalité. Nous avions tous deux un travail dans lequel l'épanouissement était difficilement envisageable. C'est le cas de bien des gens, me direz vous. Certains s'en contentent ou se font une raison, mais d'autres franchissent le pas, alors pourquoi pas nous? Nous avons grandi à la campagne, aussi souhaitions nous offrir le même cadre de vie à nos deux filles.

 

Pourquoi avoir choisi les Cévennes? Nous connaissions tous deux cette région et en étions amoureux. C'est un lieu pittoresque chargé d'histoire, où le bâti et les paysages, sont somptueux, et que nous pensions propice au développement d'un projet liée à la terre. Nous souhaitions avant tout trouver un lieu de vie agréable permettant de créer une activité à échelle humaine sans investissement lourd ni crédit démesuré, diversifiée et surtout respectueuse de l'environnement. La finalité n'est donc pas la rentabilité ou le profit (cette région n'est de toute façon pas adaptée à une agriculture intensive), mais plutôt de tendre vers une certaine forme d'autonomie en limitant nos besoins financiers à ce que nous ne pouvons produire nous même. Nous avons longtemps cherché car le lieu idéal n'est pas facile à trouver, mais la ténacité a finalement porté ses fruits. C'est ainsi qu'en 2012 nous avons investi le mas du diable.

 

Depuis, nous avons signé une convention de pâturage avec l'ONF, ce qui nous a permis de nous installer en agricole. Actuellement, début 2019, nous sommes à la tête d'un troupeau de quatre vingt brebis mérinos d'Arles et d'une quinzaine de chèvres du Rove, qui participent à l'entretien d'une coupure de combustible, devenant ainsi acteur de la prévention incendie. Aidés d'un chien que nous avons dressé, le troupeau est gardé une grande partie de l'année en colline et passe le reste du temps dans différents clos. Nous tenons énormément à cette démarche pastorale qui, même si elle semble d'un autre âge, est véritablement efficace en terme de réouverture du milieu. En parallèle, nous élevons également des lapins béliers nains et rex tricolores (grande race), des poules de race la flèche (grande race) et wyandottes naines et nous avons quelques ruches. Récemment nous avons diversifié notre élevage avec l'acquisition de brebis racka et d'un couple de lapins nains rex castor. Enfin, nous faisons notre bois de chauffage et tentons de produire une grande partie de nos fruits et légumes, le tout sans engrais ni produits chimiques. Conscients d'avoir un projet un peu atypique, nous sommes loin de cette forme d'autosuffisance si chère à nos yeux. La tache que nous avons entrepris serait amplement suffisante pour deux personnes à temps complet. Par prudence, l'un de nous a tout de même conservé une activité à temps partiel. A terme, l'idée reste néanmoins de s'investir tous deux pleinement sur l'exploitation. Six ans ont passé, et avec le recul, il faut être lucide, sans un salaire et quelques aides, nous aurions pour l'heure bien du mal à joindre les deux bouts car il s'agit véritablement d'une création et non d'une reprise d'activité déjà existante. Il faut donc beaucoup investir avant d'espérer une retombée économique.

 

 

L'équilibre d'un foyer est fragile et nous ne pouvons pas prendre les mêmes risques que si nous étions sans enfants, ni avancer aussi vite que nous le voudrions. Pourtant, nos choix sont très souvent guidés par la passion plus que par la raison et le bien-être de tous, animaux compris, reste la priorité. Les plus beaux rêves sont peut être les plus durs à atteindre. Ce n'est pas tous les jours facile, mais il faut y croire et si ça s'avère illusoire, nous aurons au moins tenté l'expérience. Dans un tel lieu, il faut savoir rester modeste car il y a beaucoup à apprendre et le travail est infini. Nos projets sont nombreux et les idées ne manquent pas, nous en avons même pour plusieurs générations.

 

L'aventure continue ...